Projets
Manifeste
- Montréal–Nîmes, 26 août 2014, extrait du manifeste pour le renouveau social et critique du design.
Le design et les arts appliqués répondent à des commandes et des besoins afin d’améliorer un service ou une expérience, qu’elle soit marchande ou non.
En ce sens, le·a designer·euse se doit d’analyser un environnement et de trouver
la meilleure solution pour le problème qui lui est posé en alliant l’utile, l’agréable
et l’esthétique. De par ce travail sociologique et analytique, le·a designer·euse agit
dans une dimension critique et sociale, de façon plus ou moins consciente.
Pourtant, nous qualifions souvent le design comme social lorsqu’il répond spécifiquement à des enjeux sociaux et donc politiques. Or, ne devrions-nous pas affirmer qu’il ne s’agit pas d’un design social (puisqu’il l’est par nature), mais bien
d’un design engagé ? Cet engagement ne signifie pas que chaque projet doive nécessairement être militant ou radical mais il peut prendre des formes multiples discrètes ou manifestes.
On le sait, le·a designer·euse n’a pas toujours la liberté de choisir
le cadre de sa commande, mais iel conserve toujours une marge d’action, en acceptant ou non un projet, dans les choix qu’iel opère, les récits qu’iel construit et les publics qu’iel inclut.
C’est dans cette marge que se loge la responsabilité. L’engagement devient d’autant plus nécessaire qu’il permet de revenir à la valeur première de l’art appliqué :
rendre accessible à tous·tes une information, un objet ou un service.
Dans un monde fragmenté par les inégalités et les rapports de domination,
le·a designer·euse ne peut prétendre à la neutralité. Reconnaître la part politique
de son geste, c’est accepter de ne pas être seulement exécutant·e mais aussi acteur·ice et parfois médiateur·ice.
Le rôle du/de la designer·euse n’est donc pas uniquement de répondre
à une commande mais aussi de s’interroger sur ce qu’elle implique, de mesurer
ses conséquences et, le cas échéant, de proposer des alternatives.
Iel peut – ou plutôt iel doit – assumer sa position de transmetteur et de traducteur. Car s’iel ne s’engage pas, iel risque de se faire complice par omission, laissant d’autres décider des formes, des récits et des imaginaires qui façonnent nos vies.
Ce n’est pourtant pas souvent évident de savoir comment s’y prendre pour mêler l’engagement aux créations. Voici quelques préceptes utiles mais non exhaustifs :
le féminisme, l’antiracisme et tout autre lutte pour le solidaire - qu’iel exprime
de manière explicite ou implicite.
éco-conception, supports adaptés, modes de diffusion accessibles…
aux voix multiples et singulières, favorisant les démarches participatives et la mise
en récit des histoires qui autrement resteraient invisibles.
et accepte de se remettre en question pour évoluer au rythme du monde qu’il contribue à façonner.
Loin d’être une neutralité prétendue, chaque projet de design est déjà une prise
de position. La question n’est donc pas de savoir uniquement si le·a designer·euse s’engage, mais comment, et au service de quoi. Replacer l’engagement au cœur
du design, c’est rappeler sa responsabilité de créer non seulement pour répondre
à un besoin, mais aussi pour nourrir le commun (ressources partagées, gérées
et maintenues collectivement par et pour la communauté), favoriser l’accessibilité
et renforcer le lien social.
Le·a designer·euse engagé·e n’est pas seulement créateur·ice de formes, mais créateur·ice de possibles. Face aux urgences sociales, politiques et environnementales, son rôle n’est pas optionnel, il est nécessaire. Ce manifeste invite donc chaque designer·euse
à reconnaître la part politique de son travail, à s’en saisir, et à la partager.